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Entretien avec l’astronaute privé Eytan Stibbe

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 11 février 2023 à 07:00

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Axiom

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N2973 ● 05 juin 2026

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En participant à la mission spatiale privée Axiom-1, du 8 au 25 avril 2022, l’homme d’affaires et ancien pilote de chasse Eytan Stibbe est devenu le deuxième Israélien et le 583e voyageur orbital de l’histoire. Nous l’avons interrogé à Paris le 23 septembre dernier, lors du 73e Congrès international d’astronautique.

Comment est né le projet Rakia ?

L’astronaute Ilan Ramon, qui a été tué lors de l’accident de la navette Columbia en février 2003, était mon ami. J’étais allé à son lancement et je suis resté très proche de sa famille. Je connaissais l’espace et aurais adoré y aller, mais je n’imaginais pas que cela deviendrait possible un jour. Jusqu’à ce que l’astronaute américain Garrett Reisman, devenu consultant chez SpaceX, m’appelle pour me proposer d’aller dans l’espace avec lui. Garett est un gars très drôle, un vrai comédien. Donc j’ai blagué : « Bien entendu ! » « Non, je suis sérieux, m’a-t-il répondu : est-ce que tu viens avec moi dans l’espace ? » C’était juste avant le lancement de la mission Demo-2, fin mai 2020, et là j’ai commencé à comprendre ce que cela signifiait car, jusqu’alors, je ne savais rien au sujet d’Axiom ni du reste. J’en ai parlé à ma famille, qui m’a dit d’attendre le retour en toute sécurité de Demo-2, début août. C’est devenu sérieux en septembre-octobre, et en octobre nous avons signé.

Une annonce très officielle…

Oui, la mission a été annoncée en novembre 2020 par le président d’Israël car, dès que je lui en ai parlé, il a aussitôt su combien ce serait important pour le pays. Nous avions vécu une tragédie dix-neuf ans auparavant avec la mort d’Ilan Ramon, et le vol spatial habité en Israël était depuis associé à cette tragédie. L’occasion de changer ce sentiment se présentait, et le président m’a vraiment dit : « Merci de m’informer de cette mission, je veux l’annoncer », alors qu’il s’agissait d’une initiative privée, et non pas d’une mission gouvernementale. Et après l’annonce, tout le monde a voulu s’associer au projet, de plein gré : les ministères (Science, Technologie, Education et même le Fonds national d'art), les académies gouvernementales, les écoles, tout le monde… Nous avons donc créé des comités professionnels, pour la science, pour l'éducation et pour l'art. Ces comités ont fait la sélection des propositions et construit la mission, en fonction de ce qui paraissait faisable – nous ne savions même pas quelles installations nous pouvions utiliser sur l'ISS… Si une équipe voulait que je travaille sur l’ADN, quel matériel pourrions-nous emporter, est-ce que j’aurais l’autorisation d’utiliser la glovebox, recevrais-je la formation nécessaire ? Les allers-retours ont été nombreux avec la Nasa et SpaceX, et nous avons pu envoyer du matériel plusieurs mois à l'avance [à l’aide du Dragon CRS-24 et du Cygnus NG-17, respectivement lancés en décembre 2021 et en février 2022]. Ainsi, nous avons construit un programme vraiment trépidant, très agressif, qui incluait beaucoup d'éducation. Et aujourd’hui [moins de cinq mois après la fin de la mission Rakia], une grande partie des expériences éducatives que nous avons menées sont déjà intégrées dans le programme national d'éducation israélien : des vidéos sur la physique, la géographie, la politique…

Pierre-François Mouriaux

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