Olivier Lemaitre est le secrétaire général d’Eurospace, l'association professionnelle de l'industrie spatiale européenne.
Mais les avis exprimés ici n’engagent que l’auteur, et ne sauraient être considérés comme constituant une position officielle d’Eurospace.
Commettre un article sur le retour géographique quand on travaille dans le secteur spatial européen, c’est un peu comme traiter à la fois de la Genèse, du veau d’or et de la manne céleste ; j’espère donc qu’on me pardonnera les simplifications que la taille de cette tribune impose. Pour les lecteurs qui ne seraient pas familiers du concept, le « retour géographique » ou « juste retour » est un système mis en place au sein de l’Agence spatiale européenne, il y a des décennies, aux fins d’attirer ses États membres à investir dans des programmes spatiaux en garantissant que leur investissement sera « retourné » sous forme de contrats avec leur industrie nationale, pour un montant proportionnel à l’investissement de chacun (moins les frais de gestion de l'ESA). Pour accomplir sa mission, l’Agence s’est en effet dotée, aux termes de sa Convention, d’une politique industrielle qui doit viser à répondre aux besoins des programmes « d’une manière économiquement efficiente », à améliorer la compétitivité de l’industrie européenne dans le monde et, troisièmement, à « garantir que tous les États membres participent de façon équitable compte tenu de leur contribution financière, à la mise en œuvre du programme spatial européen ». Reconnaissons à ce système au moins un premier mérite, de taille : celui d’avoir permis la création et le développement (et la structuration géographique) du secteur spatial européen. Et rappelons-le d’emblée, après sa phase « génitrice », cette règle est devenue aujourd’hui « nourricière » et la garante d’un financement institutionnel du spatial dont on imagine mal par quoi, si elle venait à disparaître, elle pourrait être compensée.