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Il y a 20 ans, le premier vol habité chinois

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 16 octobre 2023 à 06:05

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CNSA

Hebdomadaire

N2979 ● 17 juillet 2026

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Le 15 octobre 2003, avec le lancement de Yang Liwei à bord du vaisseau Shenzhou 5, la Chine devenait la troisième nation capable d’envoyer un être humain dans l’espace.

Dès les années soixante, après le vol historique de Youri Gagarine, la Chine rêve d’envoyer un jour un des ses compatriotes dans l’espace, juste retour d’une nation qui depuis très longtemps se perçoit comme un « Céleste empire »…

Aux origines du vol habité en Chine

Alors que la Chine met au point son premier lanceur qui permettra la première satellisation le 24 avril 1970, une poignée d’ingénieurs réfléchit dès 1965 à la réalisation d’une capsule récupérable. « A cette époque, précise le spécialiste Philippe Coué, Mao s’était ému des premiers vols habités soviétiques et américains et avait réclamé à ses ingénieurs qu’ils fassent mieux en concevant des vaisseaux pour cinq cosmonautes ! ». Toutefois la brutale Révolution culturelle (qui débute en 1966), menace les études. Sauvées de la folie répressive par le Premier ministre Zhou Enlai, celles-ci reprennent et aboutiront en 1974 à la capsule récupérable Fanhui Shei Weixing (« Satellite test récupérable »). Ingénieurs et techniciens chinois se familiarisent ainsi avec des technologies qui un jour seront utilisées pour un vaisseau habité (aérodynamique, contrôle d’attitude, système de freinage avec rétrofusées, protection thermique, etc.).

Le Projet 714

Malgré le manque de moyens et le retard en matière de technologie, la question du vol habité ne disparaît pas. Le gouvernement met en place la Cinquième Académie qui devient le 20 février 1968 la China Academy of Space Technology (CAST). Cette dernière avec l’Institut de médico-ingénierie spatiale s’initie à des vols suborbitaux d’animaux (rats, chiens) à l’aide de fusées-sondes (T-7A). En 1969, dans le cadre du Projet 714, Mao Zedong ordonne le recrutement de cosmonautes chinois. Dans le même temps, les bureaux d’études lancent l’étude d’un vaisseau habité (probablement biplace) du nom de Shuguang (« Aube »). Irréaliste, le programme est arrêté en 1972.

Du Projet 863 au Projet 921

La question du vol habité renaît dans les années 80, au moment où le nouveau dirigeant Deng Xiaoping engage son pays dans les Quatre modernisations devant conduire au développement économique de la Chine. Ainsi, en 1986, se dessine le Projet 863, un vaste programme destiné à promouvoir la science et la haute technologie, dans lequel s’inscrit un volet spatial, dont le vol habité. Les instituts de recherche engagent de nouvelles études, comme la CAST qui propose un vaisseau spatial proche du Soyouz soviétique. La proposition est adoptée par le gouvernement le 21 septembre 1992 au sein du Projet 921.

Après avoir défini le vaisseau – qui comme le Soyouz russe est constitué d’un module de service, d’une capsule (devant permettre le retour sur Terre de l’équipage) et d’un module orbital – la CAST lance sa construction à partir de 1995, date à laquelle s’organise la sélection de cosmonautes. Au final, quatorze pilotes militaires sont recrutés et s’entraînent. Quant au vaisseau, baptisé Shenzhou (« Vaisseau céleste »), il a une longueur de 9,15 m (contre 6,9 m pour Soyouz), un diamètre maximal de 2,8 m (2,6 m) et une masse totale de 7,8 tonnes (7,2 t).

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Les premiers Shenzhou

Avant d’entreprendre le premier vol habité, quatre lancements orbitaux sont effectués pour qualifier le vaisseau. Ainsi, le 19 novembre 1999, Shenzhou 1 est placé sur orbite avec succès avec à bord un mannequin et quelques expériences scientifiques pour un vol de 21 h 22. Trois autres suivent le 9 janvier 2001 (Shenzhou 2), le 25 mars 2002 (Shenzhou 3) et le 29 décembre 2002 (Shenzhou 4). A chaque vol, les vaisseaux permettent de tester les systèmes et sous-systèmes devant assurer la survie du futur cosmonaute, tout en emportant plusieurs dizaines d’expériences touchant diverses disciplines comme la science des matériaux, la physique, l’astrophysique, etc. Des plantes, des microorganismes et même des petits animaux (notamment des souris) prennent parfois place dans le vaisseau pour un vol orbital d’environ 6 jours. Une particularité se dessine alors : le module orbital peut rester dans l’espace poursuivre les expérimentations de manière autonome pendant environ 200 jours.

Shenzhou 5

Le 15 octobre 2003, en présence du président Hu Jintao, un lanceur Longue Marche 2F décolle depuis la base de Jiuquan (désert de Gobi). Il emporte le vaisseau Shenzhou 5 avec à bord Yang Liwei, le premier yuhang yuan (« navigateur de l’Univers »). Ancien pilote de l’armée de l’air, celui-ci est alors âgé de 38 ans et a été sélectionné selon la propagande pour « ses grandes compétences » et pour sa « grande constance psychologique ». Dix minutes après le lancement, le vaisseau atteint son orbite (332 km de périgée, 336 km d’apogée) ; le président déclare : « C’est un jour de gloire pour notre patrie et une étape historique pour le peuple chinois ». Une heure et demie plus tard, Yang Liwei se détache de son siège, enlève ses gants, apprécie les sensations de la micropesanteur, observe la Terre par les hublots tout en livrant ses sentiments : « Je me sens bien dans l’Univers. La vue de l’espace est magnifique ! ». Il passe les heures suivantes à décrire ce qu’il voit et à surveiller l’état des systèmes. Il adresse également plusieurs messages, et présente les drapeaux de la Chine et de l’ONU. Si Yang Liwei ne pénètre pas dans le module orbital, des expériences semblent y avoir été effectuées de manière autonome. Quatorze orbites plus tard, le module orbital se détache (et demeure en activité jusqu’au 30 mai 2004), puis la capsule qui rentre alors dans les couches denses de l’atmosphère. Après un vol de 21 h 22, Yang Liwei est de retour sur Terre, les médias chinois exultent.

La portée du premier vol

Ne souhaitant pas prendre de risque, l’événement n’est pas diffusé en direct, les médias chinois livrent les détails après coup. Ainsi, le China Daily révélera un peu plus tard que Yang Liwei a subi au cours du vol ascensionnel de violentes vibrations entre 30 et 40 km, ainsi qu’une accélération à plusieurs g au point, dira Yang Liwei, que « j’ai crains d’y laisser ma peau ».

Ainsi, comme le notent en 2008 les spécialistes Isabelle Sourbès-Verger et Denis Borel, « la Chine devient la troisième nation à avoir ʺsatelliséʺ des êtres humains par ses moyens propres. Le fait est souvent cité en Chine et à l’étranger comme la preuve que le pays vient désormais au troisième rang des puissances spatiales devant l’Europe et le Japon ». Les deux analystes nuancent aussitôt le propos en soulignant que la Chine à cette époque utilise d’une part des technologies en partie héritées de celles des Soviétiques et a, d’autre part, du retard vis-à-vis des Européens et des Japonais dans certains domaines comme celui de l’exploration planétaire. Vingt ans plus tard, force est de constater que la Chine a investi et maîtrise tous les secteurs de l’astronautique, lui permettant non seulement d’explorer les autres mondes, mais aussi de se poser en rival et compétiteur des Etats-Unis…

Quelques références

- Deux ouvrages : Un empire très céleste. La Chine à la conquête de l’espace, Isabelle Sourbès-Verger et Denis Borel, Ed. Dunod, Paris, 2008 ; Shenzhou, les Chinois dans l’espace, Philippe Coué, Ed. L’Esprit du Temps, Bègles, 2013.

- Un article : « Contrôle au sol de Yang Liwei : rappel de la première mission spatiale habitée de la Chine », Xinhua, in China Daily, 23 janvier 2018.

- Un reportage intitulé « Le héros de l’aérospatiale Yang Liwei », de la chaîne scientifique et éducative chinoise CCTV-10, 30 novembre 2009 (en chinois).

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Pierre-François Mouriaux

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