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L’observation de la Terre à l’heure du New Space

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 22 juin 2024 à 05:00

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ESA

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On assiste aujourd’hui à une formidable augmentation des capacités d’acquisition et de traitement des données environnementales collectées depuis l’espace. Les nouvelles applications civiles et militaires semblent infinies, mais reste à savoir si elles ont toutes des débouchés économiques.

Miniaturisation et diversification des capteurs, baisse significative des coûts et raccourcissement des délais de production, augmentation des performances des cubesats et multiplication des constellations, élévation du taux de revisite, explosion des puissances de calcul, utilisation de l’IA à bord des satellites ou au sol, stockage sur le Cloud… Avec l’apparition du New Space et grâce au développement inouï des outils numériques ces dernières années, l’observation de la Terre semble connaître une nouvelle (r)évolution, avec de nouveaux usages et, peut-être, de nouveaux marchés.

Au service de la Terre et de l’économie

De longue date, on vante les vertus de l’observation de la Terre depuis l’espace, dont les données en temps quasi-réel, globales ou locales, s’avèrent aussi essentielles que puissantes dans de multiples domaines : cartographie, suivi du développement urbain, soutien à l’agriculture de précision, gestion de l’eau, suivi des catastrophes, mesure des effets des changements climatiques, mais aussi sécurité maritime, surveillance des frontières et des conflits…

De longue date également, on sait que le champ des possibles est immense pour les applications utilisant ces données. C’est, rappelons-le, l’un des enjeux du programme Copernicus de l’Union européenne, opérationnel depuis dix ans : l’appropriation des données géospatiales par les entreprises, les scientifiques et les entités publiques, à l’image des États. Ainsi, le règlement qui encadre le programme précise qu’il « convient de libérer tout le potentiel que Copernicus présente pour la société et l’économie de l’Union, au-delà des bénéficiaires directs […], ce qui implique d’entreprendre d’autres actions pour rendre les données utilisables par des non-spécialistes. »

Axé sur les utilisateurs, le dispositif est ouvert, gratuit, global et… pérenne, l’UE s’engageant à fournir les mêmes données, au même format, durant 30 ans. Le programme se divise en six services : atmosphère, milieu marin, terre, sécurité, urgence et changement climatique. « Le principe des images Copernicus, qui couvrent toute la Terre et sont en libre accès, c'est génial : on a juste à aller piocher dans les archives », reconnait Sami Yacoubi, cofondateur et directeur des opérations de SpaceSense, startup spécialisée dans l’analyse d’imagerie satellite créée en 2019 à Paris.

En 2019, vantant les opportunités commerciales pour les petites et moyennes entreprises, la Commission européenne estimait que Copernicus pourrait créer environ 48 000 emplois directs et indirects sur la période 2015-2030, dans de nombreux secteurs : gestion des zones urbaines, développement durable et la protection de la nature, planification régionale et locale, agriculture, gestion des forêts et la pêche, santé, protection civile, infrastructures, transports et mobilité, ainsi que tourisme. Fin 2023, le cabinet Novaspace (ex-Euroconsult) indiquait qu’en 2022 le marché des services en observation de la Terre s’élevait à 2,86 Md$ dans le monde, avec une croissance de 9 % sur cinq ans. Une hausse de 4,9 Md$ était prévue d'ici 2032, avec une croissance de 6 % tout au long de la décennie.

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Les startups et PME européennes bénéficient également gratuitement des images des satellites américains Landsat, collectées depuis quarante ans et mises à disposition dans le cadre du programme EarthExplorer de la Commission géologique des États-Unis (USGS). Quand aux offres commerciales, certaines sont parfois très compétitives, les trois grands fournisseurs privés de données géospatiales mondiaux étant aujourd’hui Maxar (Westminster, Colorado), Airbus DS Geo (Toulouse) et Planet (San Francisco, Californie). En Chine, les offres se multiplient autour des images des satellites Beijing, Gaofen, Jilin et SuperView.

Sami Yacoubi le confirme : « Landsat c'est un programme de la NASA équivalent de Copernicus, libre d'accès aussi, qui tourne depuis les années soixante-dix et qui est modernisé tous les dix ans. Planet, c'est payant. Mais eux ont réussi, contrairement à la plupart des acteurs avec qui nous avons parlé, à avoir une couverture quasi-quotidienne de l’ensemble du globe, avec leur constellation PlanetScope. Cela règle le problème du tasking [la nécessité de programmer les prises de vues] ».

« D’autre part, ils ont réussi à mettre en place un modèle commercial qui fonctionne, en tous cas pour l’agriculture : au lieu de nous faire payer à l’image, on peut définir une zone d’intérêt n’importe où dans le monde (ça peut être aussi petit qu'un hectare), et on aura accès à toutes les images disponibles d’une parcelle pendant un an, plus toutes les images qui existent en archives. Pour la France, la surveillance de la parcelle va être facturée juste quelques euros par an, ce qui inclut toutes les images de la parcelle pendant cette année (généralement une tous les jours) : cela reste très abordable ! », se réjouit-il.

Et de poursuivre : « Du côté de la Chine enfin, les offres commencent en effet à se multiplier. Cela reste encore de l’image à très haute résolution qu’il faut programmer à l’avance, ce qui n’est pas adapté à nos besoins. Mais cela pourrait changer à l’avenir, puisque le nombre de satellites chinois augmente très vite, tout comme le choix des résolutions. Pour l’heure, c’est plus difficile de travailler avec les sociétés chinoises, car elles sont plus rarement présentes sur les salons européens… »

Partenariats entre grands groupes et startups

Matthieu Lys, responsable de l'innovation chez Airbus Defence and Space, précise que de nombreux partenariats dans l'observation de la Terre sont noués avec des startups, Airbus agissant à la fois en tant que client et fournisseur : « en tant que client, nous intégrons des capacités provenant de startups – en particulier en France et en Europe – dans nos propres offres de produits et services. Nous travaillons par exemple avec Exotrail sur un nouveau système de propulsion spatiale, ou avec Anywaves en intégrant des antennes de communication innovantes sur certains de nos satellites. En tant que fournisseur, nous fabriquons plus de 30 plates-formes satellites de la gamme Arrow, adaptée de la constellation OneWeb, pour Loft Orbital. Nous délivrons également des panneaux solaires innovants et produits en série pour Aerospacelab, ou encore de l’imagerie satellitaire haute résolution à Preligens, pour garantir la surveillance des sites de défense français dans le monde entier. »

Pierre-François Mouriaux

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