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Rencontre avec l’astronaute australienne Katherine Bennell-Pegg

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 21 juillet 2024 à 06:36

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P. Sebirot / ESA

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Le 22 avril dernier, l’ingénieure australienne Katherine Bennell-Pegg, âgée de 39 ans, a reçu ses ailes d’astronaute, au terme d’une formation d’un an suivie en Allemagne, aux côtés des cinq Européens sélectionnés en novembre 2022. Entretien exclusif.

Depuis quand rêviez-vous de devenir astronaute ?

Je suis née et j’ai grandi dans la région de Sydney, en Australie. J’adorais être à l’extérieur, sur les plages du nord, et j’étais très curieuse. Mes parents plaisantent toujours en disant que j’étais intriguée par la physique dans n’importe quelle situation : quand je surfais, je voulais comprendre l’énergie et les vagues, comment tout cela fonctionnait. J’aimais également faire de la randonnée et, là où je vivais, le ciel était très clair. J’avais les pieds dans le sable mais les yeux rivés vers les étoiles. Quand j’ai appris que certains de ces points lumineux étaient en réalité des planètes, cela m’a émerveillé. Cela m’a donné envie de devenir aventurière et exploratrice, pour découvrir de nouvelles choses et acquérir de nouvelles connaissances. Au collège, alors que j’avais 13 ou 14 ans, on m’a demandé ce que je voulais faire plus tard, et j’ai répondu sans hésiter : astronaute. Au lieu de se moquer de moi, on m’a dit : « D’accord, va chercher comment y parvenir. » Peut-être espérait-on me faire comprendre que ce n’était pas réaliste. En tout cas, cela m’a permis de comprendre que, même si atteindre mon objectif était peu probable et très difficile, cela valait la peine d’essayer. On peut être scientifique, ingénieur, pilote, médecin. Il faut être doué pour les activités opérationnelles et les expéditions. J’aimais tout cela. Avec le soutien de mes parents, j’ai donc essayé différentes choses pour voir ce qui me plaisait. J’ai notamment fait de la voltige aérienne à l’adolescence, c’était vraiment fantastique : vous voyez, ces équations que nous faisions en cours de physique au lycée, je pouvais les voir en action dans le contrôle de l’avion, l’aérodynamique et les moteurs…

Quelles études avez-vous suivies ?

Quand j’ai terminé le lycée, je ne savais pas vraiment ce qu’était l’ingénierie, à part que cela pouvait permettre d’inventer des choses. Le diplôme d’ingénieur aéronautique et spatial portant le mot « spatial », j’ai décidé d’étudier l’ingénierie et les sciences à l’université. Et je suis contente d’avoir fait ce choix, car cela m’a ouvert la voie sur une merveilleuse carrière. À la fin de mes études en 2007, je voulais vraiment concevoir et développer des satellites et des sondes spatiales. J’ai réalisé que cela ne serait pas possible pour moi en Australie. Comme beaucoup de mes camarades étudiants, je suis donc partie à l’étranger. Pour moi, c’était l’Europe, car j’ai un passeport britannique – ma mère est Britannique –, et les visas étaient également beaucoup plus simples à obtenir que pour les États-Unis. Cela m’a permis de participer à toutes sortes d’activités étudiantes vraiment formidables, notamment celles de l’Agence spatiale européenne. J’ai par exemple lancé une toute petite fusée à Andoya, en Norvège. J’ai parcouru de nombreux pays pour devenir ingénieure dans le spatial, en suivant un double master appelé Space Master, qui regroupait plusieurs universités européennes dans le cadre du programme Erasmus+ Wonders. J’ai ainsi étudié à Wurtzbourg en Bavière, à Kiruna en Suède, à Cranfield au Royaume-Uni, et j’ai effectué un stage à l’Estec, le centre technique de l’ESA basé à Noordwijk aux Pays-Bas, dans le département du contrôle thermique. J’ai également suivi une session d’été à l’International Space University de Strasbourg, qui s’est déroulé au centre Ames de la NASA, à Mountain View en Californie. J’ai par ailleurs fait du bénévolat en Inde pour Ingénieurs Sans Frontières, ce qui m’a ouvert les yeux sur la manière dont l’espace peut contribuer à soutenir la société.

Vous avez commencé par travailler pour Airbus Defence and Space ?

Oui, en 2010 j’ai intégré Airbus Defence and Space (alors appelé Astrium), via le programme de formation des diplômés. J’ai commencé à Stevenage, au Royaume-Uni, comme ingénieure de systèmes de mission. C’était formidable car cela combinait l’observation de la Terre, la navigation et la science. J’ai en particulier participé au projet Lisa Pathfinder de l’ESA (pour l’étude des ondes gravitationnelles dans l'espace), lors des grands tests de la sonde. En 2014, j’ai rejoint Airbus Defence and Space à Brême, en Allemagne, pour travailler sur le concept de désorbitation de l’observatoire Envisat (jusqu’à la phase B1), sur la feuille de route robotique associée, ainsi que sur des futurs concepts de station cis-lunaire. J’ai également travaillé sur Bartolomeo, la plateforme automatique située à l’avant du laboratoire Columbus, actuellement en service sur la Station spatiale internationale. J’étais vraiment passionnée par mon travail j’apprenais énormément auprès des experts européens, et je me sentais utile pour la science et l’exploration.

Pourquoi êtes-vous revenue en Australie en 2019 ?

Pendant mon second congé de maternité, j’ai réfléchi à la suite de ma carrière. En 2018, une nouvelle agence spatiale australienne, l’ASA [Australian Space Agency], était en train de se créer et cherchait à embaucher des responsables techniques. Je me suis dit que je n’avais peut-être pas assez d’expérience, mais j’ai quand même postulé, histoire qu’ils me connaissent pour l’avenir. Mon mari, qui est aussi Australien et ingénieur dans le spatial, a fait de même. Nous nous sommes dit « Que le meilleur gagne ! », sans imaginer que nous serions tous les deux retenus. Ce qui fut pourtant le cas : ils ont créé deux postes pour nous. Durant 12 ans, j’avais eu la chance de vivre dans de nombreux pays différents, c’était fantastique. Là commençait un merveilleux voyage de retour dans notre pays, pour contribuer à développer l’ensemble du secteur spatial australien.

Pierre-François Mouriaux

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