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Il y a 60 ans, Voskhod 1, le « premier vaisseau spatial digne de ce nom »

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 21 octobre 2024 à 06:33

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Roscosmos

Le Magazine

N2973 ● 05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Les 12 et 13 octobre 1964, l’Union soviétique procède à sa septième mission habitée, la première de l’histoire de l’astronautique qui compte trois cosmonautes.

En 1962, alors que se déroule le programme de vol habité Vostok, les responsables du Parti communiste d’Urss décident la construction du vaisseau Soyouz, appelé à devenir le cheval de bataille des vols habités soviétiques. Toutefois, sa réalisation, complexe, va prendre du temps.

Voskhod vs Gemini

Le 14 mars 1964, en attendant Soyouz, la Commission militaro-industrielle soviétique planifie officiellement le programme Voskhod (Elévation, en russe). En pleine Guerre froide, il s’agit de faire mieux et avant les Américains qui sont alors engagés dans le développement du vaisseau biplace Gemini, qui doit servir à maîtriser un certain nombre de manœuvres complexes indispensables au voyage lunaire. Qu’à cela ne tienne, l’Union soviétique en fera un… à trois places.

Pour réaliser au plus vite le Voskhod, les spécialistes améliorent le Vostok monoplace qui sert depuis le vol de Youri Gagarine, en avril 1961. Pour y faire tenir trois cosmonautes au lieu d’un, le volumineux siège éjectable du Vostok est supprimé et, de ce fait, les cosmonautes devront demeurer dans leur capsule lors de l’atterrissage. Pour cela, des parachutes plus grands sont adoptés, ainsi qu’un système de rétrofusée à propulsion solide – qui suscite des difficultés de développement comme pour les parachutes. Pour gagner davantage de place, les cosmonautes voleront sans scaphandre, ce qui les expose à un risque mortel en cas de dépressurisation…

Avant d’effectuer le vol habité, un Voskhod inhabité est testé sous la discrète dénomination Cosmos 47 avec deux mannequins à bord. Lors d’un vol de 24 heures, les 6 et 7 octobre 1964, le vaisseau se comporte globalement correctement, autorisant la mission suivante avec un équipage désigné officiellement le 9 octobre : Vladimir Komarov (commandant), Konstantin Feoktistov (un des plus grands ingénieurs du bureau d’étude OKB-1) et Boris Egorov (médecin).

Le vol

Le 12 octobre 1964, Voskhod 1, d’une masse de 5 320 kg au décollage, est placé avec succès sur orbite, à une altitude record pour l’époque de 409 km (à son apogée). Au cours des 16 révolutions effectuées autour de la Terre, les trois membres d’équipage réalisent de nombreuses expériences, comme le souligne le spécialiste de l’astronautique soviétique Christian Lardier dans son ouvrage L’astronautique soviétique (Armand Colin, 1992) : « Pendant le vol, les cosmonautes dorment à tour de rôle, ce qui permet une veille permanente à bord. Au cours du vol, Komarov contrôle les systèmes de bord et procède à l’orientation manuelle du vaisseau. Feokstistov (…) observe la Terre et l’horizon diurne et nocturne, procède à l’observation du ciel étoilé pour mettre au point l’orientation astronomique, Egorov étudie le système cardiovasculaire, le système nerveux, l’appareil vestibulaire, enregistre des électro-encéphalogrammes et des électro-oculogrammes, mesure la ventilation pulmonaire, le tonus musculaire et la capacité de travail de chaque membre de l’équipage ». Des images des cosmonautes sont même retransmises par la télévision soviétique grâce à une camera interne pour filmer l’équipage.

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Voskhod revient sur Terre, au sud du Kazakhstan, après un vol de 24 heures et 17 minutes. Il ne manque pas d’impressionner les Occidentaux, au premier rang desquels les Américains, comme le rapporte Nicolas Vichney dans Le Monde daté du 14 octobre : « Voskhod a produit une forte impression aux Etats-Unis, car on a vu dans cette expérience la preuve que l’URSS n’avait en rien abandonné ses visées spatiales ». Le dernier vol habité (Vostok 6) était intervenu en juin 1963, avec Valentina Terechkova.

Voskhod au cœur de la propagande

Pour bien montrer que l’Union soviétique est toujours dans la course, capable de battre les Américains, la propagande s’active. Ainsi, l’agence de presse Novosti publie un numéro spécial titré « FLIGHT of SPACESHIP VOSKHOD-1 », présentant les cosmonautes et le détail du vol. Pour les Etats-Unis, c’est un choc supplémentaire dans la longue liste des premières réalisées depuis 1957 (Spoutnik, Laïka, Gagarine, Terechkova, etc.). Les Soviétiques se payent même le luxe de minimiser (en apparence) l’exploit du Voskhod. Ainsi, dans Amitié et Nature du 1er avril 1965, des propos du « constructeur en chef des vaisseaux cosmiques soviétiques » (Korolev) sont rapportés de la manière suivante : « Nous n’avons pas demandé à l’équipage de Voskhod de battre des records. L’essentiel était d’accepter un risque raisonnable pour obtenir des résultats nécessaires ». Certes, mais aussi pour impressionner les Etats-Unis.

En France, les publications ne manquent pas de montrer et de reconnaître l’exploit soviétique, comme Le Monde qui titre le 14 octobre : « Les trois hommes ont vécu dans la cabine un peu comme à bord d’un bateau ». Ce qui retient en effet les observateurs est, outre les expériences spatiales, le fait que parmi les cosmonautes « aucun d'entre eux ne portait de scaphandre, ils étaient habillés de vêtements de laine et simplement coiffés d'un "casque de vol" pourvu de micro et d'écouteurs. Ces conditions presque terrestres ont été rendues possibles par la pressurisation de la cabine, qui reproduisait dans l'espace une atmosphère normale ». Ainsi, précise le quotidien, Voskhod est « Le premier vaisseau spatial digne de ce nom – puisqu'il a entraîné autour de la Terre un équipage de plusieurs astronautes – était occupé par un pilote, par un technicien de l'électronique et par un médecin. La présence de ce dernier souligne une fois de plus que les problèmes biologiques représentent à l'heure actuelle l'une des clés essentielles de l'exploration cosmique ».

Toutefois, peu de temps après le retour du Voskhod, l’exploit est parasité par l’annonce de la destitution du secrétaire général du parti communiste Nikita Khrouchtchev...

Quelques références

- Un ouvrage : L’astronautique soviétique, Christian Lardier, Armand Colin, 1992.

- Deux articles du quotidien Le Monde : « Les trois passagers du Voskhod ont atterri sains et saufs », Nicolas Vichney ; « Un médecin dans l’espace », Escoffier-Lambiotte, 14 octobre 1964.

- Le site Kosmonavtika de Nicolas Pillet.

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Pierre-François Mouriaux

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