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Expérience étudiante de botanique lunaire

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 13 novembre 2024 à 06:00

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ESA

Hebdomadaire

N2979 ● 17 juillet 2026

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Quatre jeunes étudiants européens, dont un élève ingénieur français, ont mené une expérience originale du 9 septembre au 9 octobre au centre technique de l'Agence spatiale européenne, aux Pays-Bas.

Un mois d’expérimentation

En février dernier, le projet étudiant Selenar Fungi (Champignon lunaire) a été sélectionné pour participer au programme d'expérimentation de l'Académie de l'Agence spatiale européenne.

Objectif : étudier la croissance et la culture de la laitue avec des champignons mycorhiziens dans un simulant de régolithe dans des conditions de différents niveaux de pesanteur.

Les différentes expérimentations ont été menées à l’aide d’une machine de positionnement aléatoire RPM (Random Positioning Machine) et d’une centrifugeuse à grand diamètre LDC (Large Diameter Centrifuge).

La campagne s’est déroulée du 9 septembre au 9 octobre à l’Estec, le centre technique de l’ESA, aux Pays-Bas, sous la surveillance régulière des étudiants.

Quatre étudiants européens

L’équipe Selenar Fungi est composée de quatre étudiants européens, venus d’Espagne, de France, d’Islande et du Royaume-Uni : Josu Egea Carro, Vassily Antarakis, Andreas G. Gahwiller, and Avanthika Ravi.

Ils étudient respectivement à l’UNED espagnole (Université nationale d’éducation à distance, basée à Madrid), à l’IPSA Paris (Institut polytechnique des sciences avancées, à Ivry-sur-Seine dans le Val-de-Marne), à l’Université d’Islande à Reykjavik et à l’Université de Lancaster.

Un passionné de longue date

Un récit de l’expérience est disponible en ligne sur le site de l’ESA (en anglais) mais nous avons également interrogé Vassily Antarakis, ancien participant aux classes Espace du collège Albert Camus de La Norville, dans l’Essonne, et fidèle spectateur des ciné-débats organisés dans la région avec la Société Astronomique de France.

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Aujourd’hui, Vassily a 21 ans et se forme au métier de ses rêves : ingénieur aérospatial (voir son profil LinkedIn).

A&C : Comment est né le projet Selenar Fungi ?

VA : Le projet est né au cours de l’Université d’été de l’ESA sur la recherche en micropesanteur, l’ELGRA (Gravity-Related Research) Summer School, que j’ai suivie en 2023. C’est à cette occasion que notre équipe a imaginé l’idée de base. Plus tard dans l’année, un camarade du groupe m’a proposé de soumettre le projet dans le cadre du programme Academy Experiments Programme de l’ESA, avec un partenariat potentiel avec l'Agence. Nous avons déposé notre candidature en novembre l’an passé, et notre projet a été sélectionné en février cette année.

A&C : Qui sont les membres du projet Selenar Fungi ?

VA : Nous sommes donc quatre étudiants européens, avec des parcours et des domaines d’expertise très divers.

Josu Egea Carro, notre chef d’équipe et spécialiste scientifique, est originaire du Pays Basque en Espagne. Josu est établi à Valence, où il étudie simultanément la physique et la médecine. Il a acquis une solide expérience en recherche via des stages, notamment au sein de l'IFIC, où il réalise actuellement son mémoire sur la protonthérapie par simulations Monte Carlo. Il a également participé à plusieurs écoles d’été, dont l’ELGRA de l’ESA en 2023 ainsi qu’un cours d’été à l'Institut Niels Bohr de Copenhague, au Danemark.

Andreas G. Gahwiller, notre spécialiste en biologie et en science, est actuellement en master de biologie à l’Université d’Islande à Reykjavik. Andreas a une formation riche en physiologie végétale et biométrie. En parallèle à ses études, il a cofondé un club universitaire de fuséologie, qui a permis le lancement de cinq fusées équipées de mini-chambres d’expérimentation en gravité simulée. Cette passion pour la recherche en gravité l’a conduit à participer en 2023 à l’école d’été ELGRA de l’ESA, où l'idée de notre projet a vu le jour.

Avanthika Ravi, notre cheffe de projet, est étudiante de premier cycle en physique théorique et mathématiques à l’Université de Lancaster en Angleterre. Avanthika s’investit dans des projets en lien avec l’espace en dehors de son cursus. Elle a suivi l’ELGRA en 2023 et l’Academy Experiments Workshop de l’ESA en 2024. Elle a également été cheffe de projet adjointe de l'équipe Membership pour l’UKSEDS UK's Student Space Charity, supervisant divers projets de sensibilisation.

Moi-même, j’étais l’ingénieur de l’équipe. Je suis étudiant en deuxième année cycle ingénieur à l'IPSA Paris et me spécialise dans l’aéronautique et l’astronautique depuis 2021. J'ai développé des compétences en Catia V5/V6, PSpice, LTSpice, OrCad, Matlab, Simulink, Python, Star-CCM+, ainsi qu'en Microsoft Office, Canva, et WondershareEdrawMax. J’ai participé l’ELGRA en 2023 et j'ai intégré le projet Astro-Fungi, aujourd’hui connu sous le nom de Selenar Fungi.

A&C : La campagne Selenar Fungi a duré un mois. Étiez-vous présents à l’ESTEC en permanence ?

VA : Nos expériences ont bien duré un mois, mais nous n’avons pas été sur place pendant un mois continu : notre équipe a effectué des interventions sur les instruments de l’ESA (RPM et LDC) toutes les deux semaines. Concrètement, nous restions alors environ trois jours à l’ESTEC pour préparer les boîtes contenant les plantes et le régolithe, puis nous laissions tourner les instruments pendant deux semaines. À notre retour, nous récupérions les échantillons pour analyser les résultats. Nous avons ainsi réalisé deux séries d’expériences, chacune avec des objectifs spécifiques.

A&C : Quels souvenirs particuliers gardes-tu du projet Selenar Fungi ?

VA : En ce qui concerne les anecdotes marquantes, deux moments me reviennent en tête. En tant qu'ingénieur du groupe, j'étais chargé de concevoir et de faire fabriquer les boîtes contenant les plantes et le régolithe. Malgré mes efforts, je n’ai pas trouvé d’entreprise pour imprimer nos boîtes en PLG, et c’est finalement un camarade qui s’en est chargé. Le jour où nous sommes arrivés sur le site de l'ESA aux Pays-Bas a été très spécial pour moi, car non seulement j'ai pu revoir mes amis de la Summer School avec qui j'avais travaillé des heures durant sur ce projet, mais surtout, j'ai enfin vu mon design se concrétiser sous mes yeux. C’était incroyable de voir tout ce travail prendre vie !

Le second moment inoubliable a été le lancement de notre expérience. Lorsque nous avons placé les boîtes dans les instruments, c’était comme si toute cette année de travail intense prenait enfin forme. Un léger stress nous habitait, craignant qu’un problème ne surgisse avec les boîtes ou leur contenu, mais tout s’est déroulé parfaitement. Nous étions immensément fiers de voir notre projet aboutir à une expérience aussi passionnante et enrichissante.

Pierre-François Mouriaux

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