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Il y a 50 ans, Symphonie, premier satellite européen de télécommunications

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 19 décembre 2024 à 06:48

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CNES

Le Magazine

N2973 ● 05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le 19 décembre 1974, un lanceur américain place sur orbite Symphonie A, premier satellite européen dédié aux télécommunications construit par la France et l’Allemagne.

Après le départ du chancelier Erhard le 1er décembre 1966, lui succède Kurt G. Kiesinger (jusqu’en 1969). Ce dernier, bien qu’il soit profondément atlantiste, est néanmoins favorable au renforcement de la coopération franco-allemande, passablement distendue sous son prédécesseur. La question du satellite de télécommunications va offrir une opportunité…

L’enjeu des télécommunications spatiales en Europe

Depuis l’expérimentation de télédiffusion directe effectuée en 1962 avec les Américains, les Français souhaitent développer un programme de communications spatiales. Un premier avant-projet est échafaudé par le CNES et le CNET avec Safran (Satellite Afrique-FRANce), un satellite à défilement assurant les communications entre la France, l’Afrique, le Proche-Orient et certains territoires français d’outre-mer. Suit un projet plus ambitieux, Saros (SAtellite de Radiodiffusion à Orbite Stationnaire), un satellite géostationnaire pour la télévision, la radio et la transmission de données. La question est d’autant plus sensible que les Etats-Unis mettent en place en 1964 le consortium Intelsat, un service international de télécommunications par satellites… sous dominance américaine. Pour l’Europe (occidentale) se pose alors la question de l’indépendance.

Deux projets en un

Seules quelques nations européennes ont alors les moyens de développer des télécommunications spatiales, principalement la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la France… La première choisit de se tourner vers les Etats-Unis, la seconde envisage de développer son propre projet, Olympia, avec la motivation que celui-ci soit opérationnel à l’occasion des jeux olympiques de 1972. La troisième monte au créneau avec un Saros 2 qui pourrait être européanisé. Finalement, les projets allemand et français apparaissent comme potentiellement concurrentiels. En juin 1966, un Groupe franco-allemand sur les satellites de télécommunications se met en place pour trouver une voie commune.

Le 1er décembre 1966, le nouveau chancelier allemand Kurt Kiesinger prend ses fonctions. Profondément atlantiste, celui-ci voit néanmoins dans l’affaire des satellites de télécommunications l’occasion de renforcer la coopération avec la France, avec l’opportunité d’accélérer la maîtrise de certaines technologies spatiales. De leur côté, les Français perçoivent la possibilité d’alléger les coûts financiers d’un programme complexe. Ainsi, le 6 juin 1967, un accord est signé entre Maurice Schumann, ministre français de la Recherche et son homologue allemand Gerhard Stoltenberg pour construire deux satellites de télécommunications, ainsi que la construction de deux stations sol à Raisting et à Pleumeur-Bodou.

« On pourrait l’appeler Symphonie »

En janvier 1968, un appel d’offres est lancé auprès des industriels allemands et français. Un Consortium industriel franco-allemand pour le satellite Symphonie (CIFAS) est établi autour de Nord Aviation (maître d’œuvre), avec Sud Aviation (qui se regroupe avec Nord en 1970 pour donner SNIAS / Aerospatiale), Thomson, CSF, SAT, Siemens, AEG, Telefunken, Messerschmidt-Bölkow et Junkers.

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Quant au nom Symphonie donné aux satellites, selon André Lebeau, alors directeur des programmes au CNES (1965-72), l’idée aurait été avancée lors d’une discussion entre lui et le représentant allemand : « j’ai déjeuné en tête à tête avec Monsieur Schendel. (…) il était préoccupé de trouver un nom pour le projet franco-allemand de satellite de télécommunications. Il me dit à table (…) : ʺmais vous Français avez toujours de très beaux noms pour vos projets. Par exemple, pour vos programmes de composants spatialisés, vous avez Concerto… et Concerto est très beauʺ. Je lui réponds que oui et, que pour un satellite, on pourrait prendre la catégorie au-dessus, on pourrait l’appeler Symphonie ».

La question du lancement

Les Symphonie devaient être lancés par la fusée européenne Europa 2. Toutefois, celle-ci rencontre un échec en novembre 1971 et, en avril 1973, le programme Europa est arrêté. Que faire ?

Le CNES propose alors de se tourner vers les Soviétiques, comme en témoigne Bernard Deloffre, secrétaire exécutif français du programme Symphonie en 1973-75 : « Pour des raisons probablement influencées par une volonté politique de ne pas dépendre exclusivement des Etats-Unis, une approche des Soviétiques fut proposée par le CNES qui entretenait déjà d’excellentes relations avec les acteurs de l’espace en URSS. Cette approche plaisait peu à nos partenaires allemands, mais ils acceptèrent de participer aux négociations qui eurent lieu à Moscou, et qui se déroulèrent favorablement. La négociation financière en particulier se termina par cette déclaration de la partie soviétique : ʺnotre prix : c'est simple, il est inférieur de 10% à celui que vous consent la NASA pour Thor Deltaʺ ». Toutefois, la démarche n’aboutit pas, car les Soviétiques veulent assurer seuls le transport, l’intégration et le lancement des satellites. Bernard Deloffre poursuit : « On revint donc vers la NASA, qui acceptait de lancer Symphonie à la condition de respecter l’article XIV des accords Intelsat, article qui revenait à interdire à la France toute exploitation opérationnelle de Symphonie ». Le 27 juin 1974, le protocole d’accord du lancement est signé avec la NASA, les deux satellites seront limités à un usage expérimental...

Lancement et enseignement

Le 19 décembre 1974, un Thor Delta 2914 place sur orbite géostationnaire le premier Symphonie, le second suit le 27 août 1975. D’une masse totale d’environ 200 kg (sans le moteur d’apogée), chaque satellite emporte deux répéteurs de 45 MHz, une antenne de réception et deux antennes d’émission. Les équipements embarqués permettent des émissions de radiodiffusion et de télévision, mais aussi de la transmission de communications téléphoniques, télégraphiques et de données.

Symphonie A et B fonctionnent jusqu’à respectivement le 12 août 1983 et le 19 décembre 1984. Premiers satellites mondial civils de télécommunications stabilisés sur trois axes, premiers satellites utilisant un moteur d’apogée bi-liquides à multi-poussées, ils ont notamment permis de former des spécialistes (ingénieurs, techniciens, opérateurs, etc.) et d’expérimenter de nombreuses applications (diffusion de télévision, télé-éducation, transmissions de données bidirectionnelles, visioconférences, etc.). Ils ont également montré la voie à la coopération avec d’autres pays en Afrique (Côte d’Ivoire, Egypte), en Asie (Chine, Inde, Iran), en Amérique (Argentine, Canada) et, en Europe, ils ont joué un rôle moteur dans la construction de l’Europe spatiale. Enfin, l’interdiction américaine d’utiliser commercialement les Symphonie a conforté les Européens à soutenir plus que jamais leur nouveau lanceur Ariane, dont le premier vol intervient le 24 décembre 1979.

Quelques références

- Un ouvrage : « France-Allemagne : une coopération scientifique privilégiée en Europe, de l’immédiat après-guerre au milieu des années 1980 ? », Corine Defrance, in La Guerre froide et l’internationalisation des sciences, CNRS Editions, 2016.

- Deux articles : « Michel Bignier et le programme Symphonie », Bernard Deloffre, in Espace & Temps, n°01, juillet 2007 ; « Le programme Symphonie », Les nouveaux récits de l’espace, Observatoire de l’espace du CNES

- Un film intitulé Symphonie, ORTF et CNES, 1974. En ligne sur le site de la vidéothèque du CNES

- Un documentaire, Symphonie, plus vite que la musique, réalisé par le CNES à l’occasion des « 50 ans d’aventures spatiales »

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Pierre-François Mouriaux

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