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Il y a 50 ans, Aryabhata faisait entrer l’Inde dans l’ère spatiale

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 22 avril 2025 à 04:00

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ISRO

Le Magazine

N2973 ● 05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le 19 avril 1975, l’URSS plaçait sur orbite Aryabhata, permettant à l’Inde de devenir la treizième nation, la troisième asiatique (après le Japon et la Chine), à disposer d’un satellite artificiel.

Dès le début des années 1960, l’Inde engage un ambitieux programme spatial. Cela la mènera le 18 juillet 1980 à lancer par ses propres moyens le satellite Rohini, la faisant entrer dans le club des puissances spatiales. Pour autant, Rohini n’a pas été le premier satellite indien.

Un satellite pour maîtriser les technologies spatiales

Pour accéder au plus vite aux technologies spatiales, Vikram Sarabhai, le père du spatial indien, mobilise les forces vives de la nation en sollicitant les universités et les centres de recherche. Toutefois, cela ne suffit pas. Une coopération tous azimuts est engagée : avec les Etats-Unis, les Indiens s’initient à l’assemblage et au lancement de fusées-sondes ; avec la France, ils récupèrent la technologie des fusées-sondes (Centaure, Bélier) ; avec l’Union soviétique, ils bénéficient d’une aide lors de l’aménagement de la base de Thumba dans l’Etat de Kerala (aujourd’hui Centre spatial de Vikram-Sarabhai), pour y étudier les lanceurs et véhicules spatiaux et y lancer des fusées-sondes.

En 1969, les Indiens se dotent d’une agence spatiale, l’ISRO (Indian Space Research Organisation), confiée à Vikram Sarabhai, pour fédérer les activités nationales et mener les diverses coopérations. L’un des objectifs affichés est de réaliser le premier satellite artificiel national. Satish Dhawan, à la tête de l’ISRO en 1972-1984, déclarait en 1976 : « [Il y avait un] enthousiasme suscité par le travail sur le premier satellite indien. Tout le monde, que ce soit Bharat Electronics Limited (BEL) ou le Laboratoire national d'aéronautique, nous a beaucoup aidés. La structure du satellite a été fabriquée par [le maître d’oeuvre] Hindustan Aeronautics [entreprise d’Etat fondée en 1940] et plusieurs autres petites et grandes entreprises ont beaucoup travaillé sur les circuits imprimés ».

L’offre soviétique

En avril 1971, les Soviétiques proposent une assistance. Satish Dhawan : « Lorsque leur offre d'aide est arrivée, c'était en réalité l'offre d'un vétéran à un débutant. Leur aide consistait à nous conseiller à différentes phases du projet. Il y avait également certains composants comme les cellules solaires, les magnétophones et les batteries chimiques qui nous auraient demandé beaucoup d'efforts et de temps pour les construire nous-mêmes. Mais l'essentiel était également de placer le satellite en orbite pour lequel ils nous ont donné une fusée éprouvée ».

Le 10 mai 1972, M.G.K. Menon, président par intérim de l’ISRO (après la disparition de Sarabhai) et Mstislav Keldysh, président de l’Académie des sciences de l’URSS, signent un accord permettant de réaliser le satellite en 36 mois ! Si les Indiens mobilisent une équipe de 200 personnes, les Soviétiques fournissent un certain nombre de constituants comme les panneaux solaires, les batteries, le système de contrôle d’attitude, les enregistreurs à bande. En échange, l’Union soviétique obtient la mise à disposition des ports indiens pour que leurs navires puissent suivre la trajectoire des satellites lancés depuis l’Union soviétique.

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Une fois construit, le satellite est testé au Centre de recherche atomique de Bhabha, tandis que des antennes de poursuite sont construites à Shriharikota et à Poona. Reste alors à donner un nom au satellite : la Première ministre Indira Gandhi choisit « Aryabhata », en l’honneur du célèbre astronome et mathématicien indien qui a vécu aux Ve-VIe siècle de notre ère.

Caractéristiques et lancement

D’une forme quasi sphérique à 26 faces (dont 24 sont dotés de panneaux solaires fournissant une puissance de 46 watts), Aryabhata a un diamètre de 1,4 m pour une masse totale de 360 kg. Sa stabilisation se fait par rotation à raison de 90 tours par minutes. Les données sont stockées sur un enregistreur qui les renvoie ensuite aux stations au sol. Le satellite embarque trois instruments scientifiques : un compteur pour mesurer le rayonnement X cosmique, un autre enregistre les neutrons et le rayonnement gamma émis par le Soleil. Enfin, un troisième instrument mesure les électrons et le rayonnement ultraviolet.

Le 19 avril 1975, une fusée soviétique Cosmos 3M décolle depuis la base soviétique de Kaspoutine Yar, et place avec succès Aryabhata sur une orbite basse, quasi circulaire (619 km d’apogée, 563 km de périgée), avec une inclinaison de 50,7°.

L’Inde entre dans l’ère spatiale

Cinq jours après sa mise sur orbite, une défaillance du circuit d'alimentation électrique interrompt certaines expériences. Des données ont pu être récoltées notamment concernant la source Cygnus X-1. Quant au vaisseau spatial, il continue de fonctionner normalement, au-delà des six mois prévus, jusqu’en mars 1981. Aryabhata se détruit dans les couches denses de l’atmosphère le 10 février 1992.

Ainsi, selon Satish Dhawan, le premier satellite indien a démontré que « nous sommes capables de construire, de fabriquer, de concevoir un objet envoyé dans l'espace. Nous maîtrisons également la méthodologie et la culture des technologies spatiales ». Pour le spécialiste Gurbir Singh, « grâce au succès d'Aryabhata, l'ISRO a acquis un niveau de confiance qui ne peut être atteint qu'en réalisant un objectif que beaucoup de personnes croyaient impossible ».

Quelques références

- Un ouvrage : The Indian Space Programme, Gurbir Singh, Astrotalkuk Publications, 2017

- Un article : « L’Union soviétique a lancé le premier satellite indien », 22 avril 1975

- Le film indien The First Leap sur le premier satellite Aryabatha, Sankar Gangooli (direction), SNS Sastry (production), Films Division, gouvernement indien, 1976.

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Pierre-François Mouriaux

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