Grand entretien : Général Steininger, conseiller militaire au CNES (2/2)
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Groupe 6 / CDE
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Groupe 6 / CDE
Entretien publié le 18 juin 2025 dans Air & Cosmos n°2927
La France dispose de capacités spatiales militaires et duales dont on peut penser qu’elles sont à la fois de hautes performances et qu’elles couvrent un large spectre de missions, de l’observation au télécom en passant par l’écoute électronique. Nous venons de vivre avec la mission FM2 d’Ariane 6 la fin d’une séquence de renouvellement complet des capacités de la génération précédente. Pour les satcoms, les deux Syracuse 3 lancés en 2005 et 2006 ont été remplacés en 2021 et 2023 par deux Syracuse 4. Pour la reconnaissance optique et infrarouge, les Hélios 2A et 2B de 2004 et 2009 ont laissé place aux trois CSO, lancés entre 2018 et mars dernier. Les quatre démonstrateurs d'écoute électronique Elisa, qui dataient de 2011, ont été remplacés en 2021 par trois satellites opérationnels Ceres. Tout cela s'est déroulé sur une période de temps relativement réduite. Maintenant, il faut préparer la génération suivante, et c'est ce que l'on fait au CNES, en lien évidemment avec la DGA et le CDE. Pour les successeurs de CSO, c’est le programme Iris ; pour Ceres, c’est Céleste.
Mais j’aimerais aussi citer un projet dual intéressant, qui sera dans l'actualité peu de temps après le Bourget puisqu’il fera l’objet d’un lancement depuis Kourou : il s’agit de CO3D (Constellation Optique en 3D), une constellation de quatre satellites produits par Airbus. Elle va d’une part faire de l'observation optique dans le visible avec une résolution de 50 cm, ce qui n’est pas mal du tout. Elle va d’autre part générer des modèles numériques de surface de manière à la fois très précise (moins d’un mètre), réactive et souveraine. Une mission de démonstration sera faite au profit de la Défense, avec la fourniture en moins de 18 mois d’un modèle numérique de surface de ce qu'on appelle l'arc de crise. Ce projet, qui a été mené sous la forme d’un partenariat public-privé entre le CNES et Airbus me semble intéressant à plus d’un titre. Il permet en effet d’accompagner l'industriel dans le développement d’un produit qui va être compétitif sur le marché commercial et de fournir de manière réactive et souveraine aux armées des données qui vont lui être utiles. Avec CO3D, on progresse sur le plan technologique en matière de traitement massif de données et sur le plan industriel en matière de process pour la production en quantité de petits satellites bien adaptés au marché.
Le CNES, depuis qu'il a été créé en 1961, est impliqué dans les affaires de défense. Cela a commencé avec les lanceurs, dont la dimension est évidemment duale. Ce fut ensuite Hélios 1A, le premier satellite de reconnaissance militaire lancé en 1995, qui était en réalité un satellite Spot développé par le CNES « customisé » pour le besoin militaire. Entre temps, dans les années 80, la France avait décidé de faire du spatial militaire et la question s’est naturellement posée de savoir s'il convenait de mettre en place un « CNES militaire ». Le gouvernement a alors choisi de ne pas s’engager dans cette voie et de doter les Armées des capacités spatiales dont elles avaient besoin en s'appuyant sur le CNES, qui disposait des compétences et des moyens nécessaires pour cela. C’est ainsi que tous les satellites militaires français d'observation optique, d’Hélios à CSO, ont été développés sous maîtrise d'ouvrage déléguée du Ministère des Armées au CNES. Cette approche duale me semble particulièrement efficiente, elle a montré toutes ces vertus.