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Il y a 65 ans, deux chiennes autour de la Terre

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 01 septembre 2025 à 05:00

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Roscosmos

Hebdomadaire

N2979 ● 17 juillet 2026

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Le 19 août 1960, près de trois ans après Laïka, les Soviétiques réussissaient à placer sur orbite et à récupérer avec succès non pas une, mais deux chiennes, préparant ainsi le futur vol d’un homme dans l’espace.

Avec l’apparition du missile V2 allemand, il devient possible d’effectuer au lendemain de la Seconde Guerre mondiale des vols de haute altitude. Pour les scientifiques, des opportunités s’offrent comme celle d’envoyer des animaux dans la haute atmosphère. L’objectif des « vols biologiques » est alors de déterminer s’il est possible d’entreprendre un vol spatial (au-delà de 100 km) et de savoir si la micropesanteur et les rayonnements (solaires, cosmiques) sont dangereux pour un être vivant.

Les chiens communistes vs les macaques capitalistes

Si dès juin 1948 les Etats-Unis envoient (avec difficulté) des macaques aux frontières de l’espace, l’Union soviétique réplique à l’aide de chiens, des chiennes de rue plus précisément. Ces dernières, estiment les scientifiques soviétiques, sont habituées aux conditions de vie difficiles et donc devraient mieux s’adapter au stress et à la dureté d’un vol suborbital à bord d’une fusée-sonde – les fusées n’étant alors pas encore capables de satelliser. De plus, une chienne est préférable à son congénère masculin, car elle n’a pas besoin de lever une patte pour faire son besoin, et cela facilite la conception de la combinaison spatiale de l’animal... Trouvées dans les rues, les chiennes retenues pour les vols ne doivent pas peser plus de 6 kg, ne pas mesurer plus de 35 centimètres, être âgées de 2 à 6 ans, et avoir une couleur claire de préférence (car plus photogénique).

Des vols suborbitaux à Laïka

Le 30 décembre 1949, le Conseil des ministres autorise les vols biologiques suborbitaux et, le 22 juillet 1951, le premier vol canin intervient avec les chiennes Dezik et Tzygan à bord d’une fusée R 1V à 101 km d’altitude. Dezik meurt cependant lors du vol suivant (en compagnie de Liza). Au total, entre 1951 et 1960, 58 chiennes effectuent des vols suborbitaux, mais plusieurs d’entre elles décèdent en raison de diverses défaillances (fusée, déshermétisation de la cabine, non-fonctionnement des parachutes, etc.).

Toutefois, il fallait faire mieux et avant les Américains : satelliser un animal. En 1956, alors que le lanceur est en cours de développement (R7 / Semiorka), le vol biologique orbital est décidé et se prépare. Le 3 novembre 1957, la chienne Laïka est placée avec succès sur orbite à bord du vaisseau Spoutnik 2 ; l’Union soviétique exulte, elle vient de réaliser une première spatiale.

Des chiens avant le premier homme

Toutefois, la propagande se garde bien de dire que rien n’avait été prévu pour ramener Laïka sur Terre. Sa mort entraîne de nombreux émois et débats éthiques, surtout en Occident. Pour les autorités soviétiques, il faut poursuivre au plus vite pour réussir le premier vol d’un homme dans l’espace avant le rival idéologique. En 1959, l’organisation des vols est ainsi revue. Le secteur spatial de l’Institut de médecine aéronautique de l’armée de l’Air est divisé en trois secteurs : le n°9 pour les systèmes de survie, le n°10 pour les études physiologiques (sous la responsabilité de Oleg Gazenko) et le n°11 pour la sélection des cosmonautes. Il est également décidé de faire voler…deux chiennes ensemble. Christian Lardier, spécialiste de l’astronautique soviétique : « Alors que le vaisseau Vostok est en cours de développement et que le premier groupe de cosmonautes est en cours de sélection, des chiens sont préparés pour voler avant le premier homme. Quatre vols sont réalisés avec le prototype 1K de juillet à décembre 1960 : le premier est un échec au lancement ». En effet, le 28 juillet 1960, le lanceur explose à la 23ème seconde entraînant la mort des chiennes Lissitchka et Tchaïka. A la suite de ce drame, les animaux seront désormais placés dans une capsule éjectable.

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Belka et Strelka

Deux autres chiennes sont préparées pour une nouvelle tentative. Comme pour les animaux précédents, elles sont soumises à des tests médicaux et habituées progressivement aux épreuves du vol en étant notamment confinées dans un espace limité (pendant plusieurs jours), équipées de vêtements et de capteurs (pour surveiller leur état). Elles sont mises dans un simulateur qui recréé les conditions du lancement ; elles connaissent également l’épreuve de la centrifugeuse simulant l’accélération d’un lancement. Lorsque vient le temps du vol, les chiennes sont renommées Belka (Écureuil) et Strelka (Petite flèche).

La truffe des héros

Le 19 août 1960, le lanceur 8K72 (prototype de Vostok, futur vaisseau de Gagarine) décolle et place avec succès Spoutnik 5 (ou Korabl-Spoutnik 2) sur une orbite allant de 306 à 339 km. D’une masse totale de 4 600 kg, le vaisseau comporte principalement un système d'alimentation automatique, un dispositif d'épuration et un système d'aération, un dispositif pyrotechnique de catapultage, des parachutes, un radio-émetteur de localisation et un compartiment étanche dans lequel se trouvent Belka et Strelka. Ces dernières ne sont pas seules, elles sont accompagnées de souris, d’insectes, de plantes, de champignons, de graines (maïs, blé, pois), etc. Tous sont estimés nécessaires à l’étude du vol spatial. De plus, pour la première fois, des images de télévision sont transmises depuis l’espace grâce à une caméra de télévision (plus un microphone). Lors de l’ascension, les chiennes ont eu une respiration et un rythme cardiaque rapides ; une fois sur orbite, tout se déroule bien. A l’aide de bacs coulissants, elles peuvent manger de la gelée de viande (remplaçant la viande et l’eau). Au cours de la quatrième orbite, si Belka s’agite, essaie de se libérer du harnais et souffre de nausée, les indicateurs médicaux sont néanmoins normaux. Au bout de 17 révolutions et après avoir passé 27 heures dans l’espace, les chiennes reviennent sur Terre en bonne santé et, « la truffe des héros » aidant, contribuent à la gloire du communisme.

Ainsi, les vols de Laïka, puis de Belka et Strelka ouvrent la voie d’une part au futur vol de Youri Gagarine (12 avril 1961 à bord de Vostok 1) et, d’autre part, à la médecine spatiale qui était alors placée sous la direction de l’académicien Oleg G. Gazenko. En juin 2007, celui-ci déclarait : « La médecine spatiale peut être fière du fait que le niveau de connaissances au moment du premier vol habité était tel qu'il était possible de garantir un vol réussi d'un point de vue médical ». Il considérait que « le vol de Laïka, le vol de Belka et Strelka avec leur retour réussi sur Terre, puis le vol du premier homme dans l'espace Youri Gagarine [ont été] des moments comme des événements historiques ».

Quelques références

- Un ouvrage : Encyclopédie soviétique de l’astronautique mondiale, GLOUCHKO Valentin (sous la direction), édition Mir, Moscou, 1971.

- Trois articles : « Les animaux de l’espace », LARDIER Christian, in Espace & Temps, bulletin de l’association  IFHE, n°7, décembre 2010 ; « Conquête spatiale. Ces chiens soviétiques avaient la truffe des héros », in Courrier international, 19 juillet 2019 ; « L’extraordinaire histoire de Belka et Strelka, les premiers chiens à être revenus de l’espace », in Fenêtre sur la Russie, 15 décembre 2022,

- Un film soviétique sur le vol de Belka et Strelka, en ligne sur la chaîne Youtube SciNews.

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Pierre-François Mouriaux

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