Retour sur le budget ESA 2026-2028
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S. Corvaja / ESA
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S. Corvaja / ESA
Presque sans surprise, les souscriptions pour le budget 2026-2028 de l’Agence spatiale européenne ont dépassé les 22 Md€ (22,07 Md€, très exactement), alors que son directeur général Josef Aschbacher militait depuis des semaines pour obtenir 22,25 Md€. Les contraintes budgétaires des pays membres ne permettaient pas d’escompter 25 Md€, et 20 Md€ auraient pénalisé les industriels. En comparaison du budget 2023-2025 qui s’élevait à 16,9 Md€, cela représente une hausse de 32 % – ou 17 %, en tenant compte de l’inflation. A cet égard, le Conseil qui s’est tenu au niveau ministériel les 26 et 27 novembre à Brême, en Allemagne, constitue évidemment un succès historique, qu’un vétéran de l’Europe spatiale nous proposait de saluer en titrant cet article « 22 milliards de fois, BRAVO !!! ».
Il convient cependant de regarder de plus près les chiffres et les niveaux de contributions de chacun, qui témoignent des nouvelles priorités des Etats membres de l’ESA, trois ans après l’invasion de l’Ukraine. Des choix qui ne font pas que des heureux, après des débats parfois houleux, confirmant les dissensions profondes et durables entre la France, l’Allemagne et même l’Italie. Pour mémoire, le Conseil était cette année présidé par l’Italie, l’Allemagne ayant présidé le précédent. Et le budget 2026-2028 de l’ESA s’inscrit avant le prochain cadre financier pluriannuel de l’Union européenne, pour la période 2028-2034.
A force d’entendre le directeur de l’ESA affirmer sa confiance dans l’obtention d’un budget ambitieux, la presse s’est peu intéressée à la veille du Conseil au détail des programmes qui étaient véritablement en jeu, se focalisant sur l’évolution des participations des principaux Etats membres. A ce sujet, la principale crainte de ce côté du Rhin s’est confirmée : avec une souscription qui a bondi de 3,476 à 5,067 Md€, soit 46 % de plus que lors du Conseil de 2022, l’Allemagne a clairement pris la pole position, loin devant la France (3,599 Md€) et l’Italie (3,462 Md€). Un retournement de situation historique mais finalement parfaitement logique en regard du PIB de chacun, comme nous l’écrivions la semaine dernière. D’ailleurs, le scénario d’une France relayée à la troisième place ne s’est pas vérifié : « D’une part, nous explique-t-on, Paris a rajouté 250 M€ dans le dernier round, et d’autre part, l’Italie (qui investit énormément dans l’exploration au niveau national) n’a pas voulu dépasser la France, comme en 2022. » De fait, les deux pays avaient alors respectivement aligné 3,059 et 3,136 Md€ ; l’effort supplémentaire est désormais de 13 % pour l’Italie et de 15 % pour la France.