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Il y a 40 ans, le drame de la navette spatiale Challenger

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 29 janvier 2026 à 06:22

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NASA

Le Magazine

N2973 ● 05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le 28 janvier 1986, des millions de téléspectateurs assistent avec effroi en direct à l’explosion au décollage de la navette Challenger. Le « rêve étoilé américain » se brise soudainement.

« Mardi 28 janvier, 17 h 38 : Challenger s'arrache du pas de tir de Cap Canaveral, en Floride. Elle s'élève sous les applaudissements et les cris joyeux des très nombreux enfants venus pour assister au vingt-cinquième lancement de la navette spatiale américaine et au départ de la première enseignante-astronaute, Christa McAuliffe. Soixante-quinze secondes plus tard, une énorme boule de feu orange troue le ciel et une pluie de débris enflammés retombe dans l'océan Atlantique. Challenger a explosé, provoquant la mort de sept astronautes. Cinq hommes et deux femmes qui, ne disposant d'aucun système de sauvetage, n'ont pu échapper à la brutale désintégration du vaisseau spatial », rapporte Le Monde du 30 janvier 1986.

Le 25e vol

Quelques heures plus tôt, la navette spatiale Challenger s’apprête à partir pour la dixième fois (depuis son vol inaugural du 4 avril 1983), la vingt-cinquième fois pour une navette spatiale. Le décollage intervient après plusieurs reports de lancement pour des raisons météorologiques, de la trappe d’accès extérieur ou encore des retards liés à la précédente mission. L’équipage, totalement américain, est alors composé du commandant Francis Scobee (2e vol), du pilote Michael Smith (pilote, 1er vol), des spécialistes de mission Ellison Onizuka (2e vol), Judith Resnik (2e vol), Ronald McNair (2e vol), et de deux spécialistes de charge utile Gregory Jarvis (1er vol) et de la professeure d’histoire Christa McAuliffe (1er vol).

Quatre objectifs principaux sont assignés à la mission 51L. Le premier est le lancement du TDRS B (2 108 kg) depuis la soute, un satellite de télécommunications utilisé par les agences gouvernementales américaines pour servir de relais entre la Terre et divers engins spatiaux. Le deuxième est le déploiement de la plateforme Spartan qui, emportant des expériences scientifiques, sera larguée pendant quelques jours puis récupérée et ramenée sur Terre. Le troisième vise à effectuer des observations de la comète de Halley. Enfin, le dernier concerne Christa McAuliffe qui réalisera des cours en direct depuis la navette dans le cadre du programme « Teacher in Space ».

L’enjeu d’une enseignante dans l’espace

La présence de Christa McAuliffe suscite naturellement la curiosité des médias, occultant les autres aspects de la mission. Outre le fait qu’elle est appelée à être la première civile à partir dans l’espace, elle doit aussi devenir la première enseignante de l’espace. Cette idée remonte à 1984, lorsque le président Reagan émettait le souhait que la Nasa recrute un professeur comme « premier citoyen de l’espace » avec, pour objectif, de « populariser la conquête spatiale auprès des jeunes ». La présence de Christa McAuliffe fait ainsi de la mission 51L une mission emblématique. Une fois dans l’espace, l’astro-enseignante communiquera et délivrera deux cours auprès d’une centaine d’élèves du lycée où elle enseigne : l’un pour présenter le vaisseau, les équipements et les expériences, l’autre pour expliquer la vie quotidienne et les avantages de la micropesanteur. La NASA en profite pour faire de la propagande à travers notamment une émission sur NASA TV, présentée le 24 janvier 1986 par Barbara Morgan, la doublure de Christa McAuliffe.

Une tragédie en direct

Le décollage est reporté à plusieurs reprises en raison d’une météorologie incertaine, avec une neige persistante qu’il faut laisser fondre. Des craintes sont alors émises à l’encontre de blocs de glace qui risqueraient, au moment du décollage, de se détacher et d’endommager certaines parties du vaisseau, notamment les tuiles isolantes qui recouvrent une partie de la navette. Celles-ci sont vitales pour le retour sur Terre, au moment où le vaisseau pénétrera dans les couches denses de l’atmosphère et qu’il subira un échauffement avec de fortes températures.

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Soixante-treize secondes après le décollage, en direct, Challenger explose devant des millions d’Américains (sur place ou devant leur écran de télévision) : « Spectacle hallucinant, quasi irréel, images silencieuses d'une tragédie qui s'est jouée en quelques secondes et qui semblait s'éterniser sur l'écran, film muet repassé à de multiples reprises comme un interminable cauchemar », publie le lendemain Le Figaro. Attristé et ému, le président américain présente ses condoléances et souligne que les astronautes ne sont pas morts en vain, « ils sont morts en héros », souligne-t-il…

La commission Rogers

Peu après le drame, des équipes de recherche se mobilisent (8 bateaux, 9 avions). La priorité est de repérer et de récupérer au plus vite les débris. Mais aucune trace de l’équipage. Les émotions sont vives, comme en témoigne la presse, y compris en France : « Le prof tué en direct » titre Le Dauphiné ; « Space Crash » écrit Libération ; « Le rêve en fumée » note Le Quotidien ; « Morts pour l’espace » témoigne Paris Match, etc.

Il s’agit alors de comprendre et de retracer les événements. Pour cela, dès le 3 février, le président Reagan met en place une commission d’enquête présidée par William Rogers (ancien secrétaire d’Etat) et Neil Armstrong (ancien astronaute, premier homme à marcher sur la Lune). Le 6 juin, la commission rend son rapport, la NASA est accusée de négligence. Quant au scénario de l’accident, il est démontré qu’un joint d'étanchéité sur le booster droit de la navette ne s’est pas correctement dilaté à cause de températures basses. Des gaz brûlants se sont alors échappés à la jonction des cylindres qui composent le booster de la navette, provoquant la rupture de l'attache du booster qui a heurté le réservoir externe (rempli de 600 tonnes d'hydrogène et d'oxygène liquide), le faisant exploser 73 secondes après le lancement.

La situation est d’autant plus insupportable que l’on finit par apprendre qu’un ingénieur a bien tenté de faire annuler le vol de Challenger. Dès juillet 1985, Roger Boisjoly – ingénieur en aéronautique travaillant pour Morton Thiokol (le fabriquant des propulseurs) – rédige une note dans laquelle il souligne l’existence d’un défaut de conception des joints des propulseurs d’appoint à poudre de la navette, défaut qui pourrait entraîner « une catastrophe de la plus grande ampleur, avec perte de vie humaine ». 

Quoi qu’il en soit, l’échec de Challenger met en lumière les erreurs humaines mais aussi le tragique choix qui a été fait lors de la conception du système Shuttle : la priorité avait alors été donné à la réalisation d’une immense soute capable d’emporter de lourdes charges utiles au détriment de la sécurité de l’équipage… impossible à sauver en cas d’incident au moment du décollage. Quant à la NASA, elle est contrainte d’abandonner son idée « tout navette » pour le spatial et d’accepter de faire de nouveau appel à des lanceurs classiques.

Pour en savoir plus sur cette tragédie et ses conséquences, mais aussi pour vous remémorer ou découvrir toute une série de mésaventures spatiales (et leurs enseignements), nous vous recommandons chaudement l’ouvrage collectif A l’école de l’espace – L’astronautique face aux épreuves, aux éditions Ginkgo.

Quelques références

- Trois articles : « L’explosion de la navette Challenger », Elisabeth Gordon, in Le Monde, 30 janvier 1986 ; « L’espace raconté aux enfants », in Le Monde, 30 janvier 1986 ; « Challenger foudroyé », in Le Figaro, 29 janvier 1986

- Un ouvrage : A Journal for Christa : Christa McAuliffe, Teacher in Space, Grace G. Corrigan, University of Nebraska Press, 2000

- Un enseignant dans l’espace, reportage de mission, NASA TV, 24 janvier 1986.

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Pierre-François Mouriaux

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