Les deux principaux porteurs de projets de construction d’unités de production de SAF en Nouvelle-Aquitaine, Elyse Energy et Verso Energy, demandent des clarifications et un cadre stable alors que les remises en cause se multiplient autour des mandats d’incorporation européens.Pour des projets industriels en phase de développement, comme peuvent l’être ceux d’Elyse Energy et Verso Energy en Nouvelle-Aquitaine, rien n’est plus anxiogène que de manquer de visibilité. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la situation reste incertaine en ce qui concerne les carburants d’aviation durables (SAF) : alors que la filière de production en est toujours aux prémices de sa structuration en France, les compagnies européennes poussent de plus en plus pour un assouplissement des mandats d'incorporation imposés par le règlement communautaire RefuelEU Aviation. Ce qui pourrait largement perturber les données du marché.
Une question de crédibilité européenne
« Il y a un point qui est absolument essentiel, c’est que nous avons besoin de visibilité et de stabilité. C’est essentiel car nous allons financer ces projets avec des fonds d’infrastructures et des banques, donc avec le marché financier. Et ce dernier ne va venir que s’il est convaincu que la réglementation ne bougera pas », explique Benoît Decourt, directeur général Affaires publiques et stratégie chez Elyse Energy. « Dans le contexte qui est connu, avec notamment l’appel de l’association Airlines For Europe (A4E) à revoir les sous-mandats d’incorporation d'e-SAF, notre point est d’être vite fixé. Je ne sais pas où il faut que nous atterrissions, mais il faut que nous le fassions suffisamment vite, donc cette année. Il nous faut quelque chose d’abouti dans lequel le marché puisse croire avant de prendre une décision finale d’investissement. Et ce qui est vrai pour nous est aussi vrai pour tous nos confrères », affirme-t-il.
« Nous réclamons effectivement une stabilité réglementaire qui est essentielle », renchérit Antoine Huard, directeur général de Verso Energy. Elle est essentielle pour nous qui sommes investisseurs dans de nouveaux projets, mais aussi pour la crédibilité de l’ensemble de l’édifice européen. Nous avons déjà vu le mal causé par le décalage de la fin des moteurs thermiques. Si demain ce sont les mandats d’incorporation, l’Europe ne pourra plus faire passer un seul texte sans que tout le monde se dise "en fait, cela peut être abrogé dans quelques années, donc mieux vaut ne pas trop y croire" ». Selon lui, l’enjeu va bien au-delà du secteur aérien. Il se veut donc très clair sur le fait que les mandats ne doivent pas bouger, d’où un courrier adressé à la Commission européenne juste après la sortie d’A4E. « Dans le contexte actuel, avec la fermeture du détroit d’Ormuz, les risques géopolitiques ou le changement climatique, demander un report des mandats, ce n’est pas très sérieux », tance le patron de Verso Energy. Le courrier est d’ailleurs co-signé par 15 autres porteurs de projets de production de SAF en France, mais aussi BpiFrance, Technip Energies, Transport & Environnement (T&E), Honeywell, Engie et EDF-Hynamics.
« À ce stade critique, il est essentiel de maintenir un cadre réglementaire clair, stable et crédible. Tout signal laissant présager un affaiblissement du mandat aurait un impact immédiat sur les conditions de financement, retarderait les décisions d’investissement finales et réduirait, en définitive, la disponibilité des e-SAF en Europe d’ici 2030. Ce qui, à son tour, alimenterait un cercle vicieux, perpétuant ainsi l’argument d’une prétendue indisponibilité des volumes d’e-SAF les années suivantes », revendiquent les signataires de ce courrier. Pour ces derniers, une éventuelle remise en cause des mandats pourraient avoir un grave impact sur la souveraineté énergétique française et européenne. « Parallèlement, plusieurs projets hors d’Europe, notamment en Asie et au Moyen-Orient, progressent rapidement, certains étant déjà en construction. Un affaiblissement ou un retard du cadre européen créerait une situation paradoxale où l’Europe, bien qu’ayant initié cette transition, deviendrait dépendante des importations de carburants d’aviation durables (e-SAF), compromettant ainsi sa souveraineté énergétique et son leadership industriel. »