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Poker 2024-02 : les Forces aériennes stratégiques se sont entrainées à un raid aérien nucléaire au-dessus de la France

Photo de Gaétan Powis

Gaétan Powis

Publié le 11 avril 2024 à 13:35

Avion de combat Rafale des Forces Aériennes Stratégiques (FAS) équipé de missiles air-air, de deux réservoir externes et surtout, d'un missile ASMP-A.

Avion de combat Rafale des Forces Aériennes Stratégiques (FAS) équipé de missiles air-air, de deux réservoir externes et surtout, d'un missile ASMP-A.

@Armee_de_lair

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Dans la nuit du 10 au 11 avril, les Forces Aériennes Stratégiques françaises ont lancé la seconde édition 2024 de l’opération Poker. Celle-ci permet d’entrainer les FAS mais aussi leur escorte à simuler un raid aérien nucléaire dans un espace aérien contesté. Comme chaque opération Poker, les appareils se sont entrainés au-dessus de l’hexagone. Une semaine auparavant, les FAS s’entrainaient déjà à la phase de raid via l’opération Belote.

Belote en introduction

Le 4 avril 2024, peu après 22h00, les sites de live tracking affichaient deux ravitailleurs A330 MRTT Phénix de l'Armée de l'Air et de l'Espace en vol. Ces deux avions ont survolé le sud de la France et ce, jusqu'à 1h28 le 5 avril au petit matin. Ces deux avions n'effectuaient pas un entrainement standard : ils étaient la partie visible de l'opération Belote. Cette opération concerne les Forces Aériennes Stratégiques (FAS), le vecteur nucléaire de l'Armée de l'Air et de l'Espace. Concrètement, l'opération Belote permet aux FAS de simuler une attaque nucléaire sur le centre de la France. C'est donc pour cette raison que certains ont peut-être entendu, tard dans la nuit, des avions de combat voler en basse altitude ; il s'agissait d'avions de combat Rafale simulant leur approche en basse altitude jusqu'à leur point de largage. Cette opération permet ainsi de simuler le vol en basse altitude et le tir simulé d'un missile Air-Sol Moyenne Portée Amélioré (ASMP-A). C'est ce missile de croisière qui équipe les Rafale des FAS et permet de délivrer le feu nucléaire sur l'autorisation du Président de la République.

Deuxième édition de Poker

Une semaine après Belote, c'était au tour de l'opération Poker 2024-02 d'être déclenchée. Contrairement à Belote, Poker est une opération bien plus vaste et voit le déploiement d'un grand nombre de moyens. Et pour preuve, là où sites de live tracking n'ont vu "que" deux Phénix décoller pour Belote, Poker a vu le déploiement de six ravitailleurs Phénix et un ravitailleur KC-135RG Stratotanker.

Liste des ravitailleurs ayant particité à l'opération Poker 2024-02.
Liste des ravitailleurs ayant particité à l'opération Poker 2024-02. (Crédits : Air&Cosmos, ADS-B)

L'opération Poker est déclenchée quatre fois par ans. Tout comme Belote, les avions de combat ne sont pas visibles sur les sites de live tracking. Si cette opération, tout comme les opérations entourant les FAS, est couverte du secret militaire, certaines informations permettent de connaitre le déroulé de l'exercice : via les NOTAM, le suivi des ravitailleurs - et parfois, de l'avion de guet aérien avancé et de commandement (AEW&C) E-3F Sentry - visibles sur les sites de live tracking, les quelques informations des Forces armées,...

Concrètement, plusieurs phases constituent une opération Poker :

  • Mise en place du dispositif : les jours précédents l'opération Poker, les avions de combat et ravitailleurs sont déployés sur plusieurs bases aériennes. Le jour J, alors que la nuit vient de tomber, soit le 10 avril 2024 à 21h35 pour Poker 2024-02, les premiers ravitailleurs décollent. Au total, deux Phénix décollent de la BA 702 d'Avord (Cher, France) et trois Phénix décollent également de la BA 125 d'Istres-Le Tubé (Bouches-du-Rhône, France). Ces deux bases ont la caractéristique de faire partie des bases aériennes à vocation nucléaire, soit les bases aériennes stockant des missiles ASMP-A. La totalité des avions "bleus", comprenant les Rafale des FAS mais aussi les avions de combat devant les protéger et ces cinq ravitailleurs, se retrouvent en haute altitude au-dessus de la Bretagne. Les avions de combat sont alors ravitaillés en vol.
  • Transfert vers la zone d'action : dans le cadre d'une réelle frappe, les appareils des FAS décollent de France et doivent se diriger vers la zone de frappe, de manière générale, située à quelques heures de vol. L'opération Poker simule donc cette phase de transit en faisant voler les avions au large des côtes du golfe de Gascogne, au-dessus des montagnes des Pyrénées et enfin, au-dessus du golfe du Lion. Arrivés dans cette zone, les avions de combat sont ravitaillés une dernière fois.
  • Raid aérien nucléaire : une frappe réelle demanderait aux avions des FAS de pénétrer un espace aérien ennemi afin d'atteindre le point de largage du missile ASMP-A. Or, des menaces aériennes et sol-air peuvent être présentes. C'est ainsi que les avions "bleus" doivent faire face à une force aérienne ennemie, représentée par d'autres avions de combat de l'AAE ainsi que des moyens antiaériens. Dès lors, des combats aériens simulés et des frappes au sol tout aussi simulées sont effectuées pour éliminer les menaces et assurer la protection des avions porteur des missiles ASMP-A. Cet espace aérien ennemi est représenté physiquement par le Massif central et le centre de la France. Il est donc possible que, quatre fois par ans, à l'occasion des opérations Poker, des habitants de ces zones soient malheureusement réveillés par des avions de combat des FAS volant en basse altitude.

À noter que la force aérienne "rouge" est partiellement visible : le Phénix au-dessus de la Corse et le KC-135RG au-dessus du centre de la France sont les ravitailleurs dédiés aux avions de combat qui vont tenter d'intercepter les appareils des FAS et leur escorte.

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Déroulé visible de Poker 2024-02. Les 5 Phénix au-dessus de la Bretagne avaient coupé leur transpondeur et se trouvaient en réalité au-dessus des Pyrénées.
Déroulé visible de Poker 2024-02. Les 5 Phénix au-dessus de la Bretagne avaient coupé leur transpondeur et se trouvaient en réalité au-dessus des Pyrénées. (Crédits : Air&Cosmos, ADS-B)
Zones aériennes utilisées dans la nuit du 10 au 11 avril 2024 dans le cadre de l'opération Poker 2024-02.
Zones aériennes utilisées dans la nuit du 10 au 11 avril 2024 dans le cadre de l'opération Poker 2024-02. (Crédits : DGAC)

Banco avant Poker ?

Quelques fois par ans, les FAS profitent du déploiement des appareils avant le déclenchement de l'opération Poker pour organiser l'opération Banco. Celle-ci est extrêmement limitée et a lieu sur l'une des trois bases aériennes à vocation nucléaire françaises ; la BA 125 d'Istres-Le Tubé, la BA 702 d'Avord ou la BA 113 de Saint-Dizier. En pratique, cette opération voit la mise en place de missiles ASMP-A sous le ventre des Rafale des FAS. Il ne s'agit plus de simulation ou de missiles inertes : ce sont de réels ASMP-A qui sont fixés sous les Rafale. Cet exercice permet alors d'entrainer les différents personnels jouant un rôle direct ou indirect à cette opération d'armement hautement stratégique. Aucune mise en route n'est effectuée et concrètement, une fois l'ASMP-A fixé et inspecté, celui-ci est immédiatement retiré et à nouveau placé dans son aire de stockage. De fait, Poker 2024-02 a peut-être été précédé d'une opération Banco.

La FANu aussi de la partie ?

Le son entendu dans la publication X ci-dessous laisse entendre la présence d'un appareil de combat au-dessus de Lann-Bihoué. S'il s'agit peut-être d'avions de combat des FAS ou leurs escorteurs, @TrackeurADSB émet l'hypothèse du décollage de Rafale M depuis Landivisiau.

Si l'opération Poker est organisée par les FAS et l'Armée de l'Air et de l'Espace, il n'est pas impossible de retrouver des Rafale M dans le dispositif. La Marine nationale, en plus de la Force Océanique STratégique (FOST), composée de quatre sous-marins nucléaire lanceurs d'engins de la classe Le Triomphant, dispose également de la Force Aéronavale Nucléaire (FANu) pour délivrer le feu nucléaire. La FANu repose sur le Charles de Gaulle, capable de stocker des missiles ASMP-A, ainsi que sur les Rafale M de l'Aéronavale, capables d'emporter un missile ASMP-A. De fait, la FANu doit également s'entrainer et participe parfois aux opérations Poker. Ce fut d'ailleurs le cas lors de Poker 2023-01, quand au moins un Rafale M (équipé d'un ASMP-A inerte) a été catapulté depuis le pont d'envol du Charles de Gaulle. Cependant, il est actuellement impossible de confirmer ou non la participation de la FANu à Poker 2024-02.

Au final, Belote et Poker représentent deux opérations importantes car elles permettent d'entrainer une partie des militaires français intégrés au sein de la dissuasion nucléaire française. Ces deux opérations sont aussi parties prenantes de la dissuasion car elles démontrent, quatre fois par an pour Poker, que les appareils des FAS sont capables de projeter le feu nucléaire à longue distance et dans un environnement aérien contesté.

Catapultage d'un Rafale M équipé d'un missile ASMP-A depuis le Charles de Gaulle à l'occasion de l'exercice Poker 2023-01.
Catapultage d'un Rafale M équipé d'un missile ASMP-A depuis le Charles de Gaulle à l'occasion de l'exercice Poker 2023-01. (Crédits : Marine nationale, Sébastien Chenal)

Gaétan Powis

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