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Il y a 55 ans, Soyouz 11, de l’exploit au drame (2/2)

Philippe Varnoteaux

Publié le 30 juin 2026 à 13:00

La capsule Soyouz 11 après son atterrissage

La capsule Soyouz 11 après son atterrissage

Roscosmos

Le Magazine

N2976 ● 26 juin 2026

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Le 30 juin 1971, après avoir effectué une mission exceptionnelle à bord de la première station orbitale Saliout, l’équipage de Soyouz 11 décède au moment du retour sur Terre. Pour la première fois, des hommes meurent dans l’espace.

PARTIE 2 : le drame

La préparation du retour

Si la propagande soviétique exulte en raison des records atteints par les cosmonautes de Soyouz 11, quelques inquiétudes pointent cependant comme celles émises par le docteur Ivan Vorobiov, l’un des médecins responsables des vols spatiaux : « Nos cosmonautes ont désormais pénétré dans l’inconnu. Sans doute y a -t-il, quelque part, une limite qu’il ne faudrait pas franchir pour un organisme accoutumé aux conditions terrestres de pesanteur. Où se situe-t-elle ? Nous ne pouvons pas répondre, il faudra pour la découvrir avancer pas à pas ».

Dans les derniers jours, les cosmonautes se consacrent pleinement à des examens médicaux et à l’entrainement physique, puis ils préparent le retour sur Terre. Les résultats des expériences avec les échantillons, les fims tournés dans la station, certains instruments scientifiques sont regroupés et rangés avec soin dans le vaisseau Soyouz. Quant aux appareils qui ne peuvent être ramenés et qui ne sont pas indispensables au fonctionnement autonome de la station, ils sont progressivement mis hors service.

Premiers enseignements

Avant le retour sur Terre des cosmonautes, un premier bilan peut d’ores et déjà être établi. Pour les prochains vols de longue durée dans une station orbitale, il sera nécessaire d’apporter des améliorations sur notamment le poste de pilotage, l’orientation et la stabilisation des panneaux solaires et de certains instruments scientifiques (qui doivent être pointés vers le Soleil ou une autre cible), le système d’éjection des liquides, etc., sans oublier les conditions de repos pour l'équipage. Ces améliorations « permettront à l’avenir, estime-t-on, d'effectuer des vols de deux mois et plus ». À la veille de leur retour sur Terre, les trois cosmonautes ont séjourné plus de 23 jours dans l’espace.

Le retour

Le 29 juin, après avoir mis tout le matériel récupérable dans le Soyouz, la station est mise en sommeil. L’équipage intègre le vaisseau Soyouz. L’écoutille est fermée, le désamarrage s’effectue correctement et, à 21 h 35, l’équipage signale que tout s’est bien déroulé. S’éloignant de Saliout, il en profite pour prendre quelques spectaculaires photographies de la station. Le 30 juin, à 00 h 16 (heure de Moscou), les conditions météorologiques (satisfaisantes) de la zone d’atterrissage sont communiquées à l’équipage qui, rassuré, reçoit l’ordre de prévenir le sol dès que les communications seront rétablies et d’informer l’ouverture des parachutes. Une fois sur le sol, ils devront attendre l’arrivée des équipes de récupération chargées d’ouvrir l’écoutille. Les données télémétriques indiquent aux contrôleurs au sol que tout se déroule normalement. Les derniers mots reçus au sol auraient été prononcés par Volkov : « On se retrouve demain, préparez le cognac ! ».

Inquiétudes

À 01 h 47, l’équipage doit signaler la séparation du module de service et de la capsule de rentrée. Silence radio. La capsule entre alors dans les couches denses de l’atmosphère, et commencent les six à huit minutes pendant lesquelles aucune communication n’est possible, en raison de l’échauffement cinétique autour de la capsule. Mais après… toujours le silence radio. L’inquiétude grandit. Pour autant, les responsables au sol gardent espoir, car la procédure de retour sur Terre de la capsule est entièrement automatique et, à 01 h 54, le centre de commandement des Forces aériennes aéroportées annonce que le radar a bien détecté le Soyouz qui est sur sa bonne trajectoire. Peu après, un autre signal confirme le bon déploiement des parachutes. Pour les contrôleurs, l’hypothèse de la défaillance du système de communication explique très certainement le silence radio…

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Le drame

Le 30 juin, à 02 h 17 heure de Moscou (le 29 juin à 23 h 17 UTC), Soyouz 11 se pose en douceur dans les steppes kazakhes. Les hommes chargés de la récupération arrivent environ 10 minutes plus tard. Ils constatent que la capsule est intacte. L’écoutille est ouverte et… ils découvrent les cosmonautes inanimés : Dobrovolski et Volkov sont encore sanglés sur leur siège, tandis que Patsaïev est près d’une valve. Le choc est immense, une commission d’enquête est engagée.

Que s’est-il passé ?

Le spécialiste Christian Lardier explique : « lorsque la capsule de descente se sépare, une des deux valves qui devaient s’ouvrir à 5 500 km d’altitude s’ouvre sous l’action des 12 boulons explosifs [lors de la séparation des modules orbital et de descente]. En 10-15 secondes, la pression de la cabine tombe de 776 à 7 Hg et l’équipage tombe dans le coma. En 55 secondes, la capsule est vidée de son air et les cosmonautes meurent d’hypoxie en 5 ou 7 secondes ». Le fait d’avoir retrouvé Patsaïev près de la valve indique que les cosmonautes ont très certainement compris ce qui était en train de se passer. Privés d’air en quelques minutes, ils n’ont eu aucune chance de survivre.

Sans fournir de détails, le 12 juillet, « l’URSS admet que la mort des trois cosmonautes de Soyouz 11 a été causée par une décompression de la cabine », rapporte Le Monde le 13 juillet. L’occident devra attendre deux ans pour connaître avec précision les causes de la mort des cosmonautes.

Le temps des hommages

Des funérailles nationales sont organisées pour les cosmonautes, faits héros de l’URSS. Ils sont inhumés au pied du mur du Kremlin à Moscou près de la dépouille de Youri Gagarine. Les hommages viennent du monde entier, y compris du président américain Richard Nixon soulignant que les trois Soviétiques ont contribué à « élargir les horizons de l’humanité ». En France, les médias sont également touchés par le drame. Ainsi, Paris Match en fait sa une le 10 juillet en titrant : « La mort tragique des trois cosmonautes de Soyouz. L’ESPACE LES A TUÉS ». L’hebdomadaire souligne que « la mort de Dobrovolski, de Patsaïev et de Volkov n’interrompra pas la conquête de l’espace. Au contraire, tout porte à croire qu’elle facilitera l’instauration d’une véritable coopération entre les deux géants du cosmos et de la puissance ». L’auteur ne se trompe pas puisque, le 24 mai 1972, Soviétiques et Américains signent un accord permettant de procéder en 1975 à un rendez-vous orbital (avec amarrage) entre deux vaisseaux Soyouz et Apollo…

En attendant, le programme des vols habités se poursuit, le prestige et la fierté de la nation communiste sont en jeu. Pour cela, le vaisseau Soyouz est modifié, avec notamment des valves plus robustes, et repensé pour désormais embarquer des cosmonautes portant une combinaison pressurisée, lors des lancements et des atterrissages.

Quelques références

- Trois articles : « Catastrophe de Soyouz 11 : la plus grande tragédie du programme d’exploration spatiale de l’URSS », Dmitri Sudakov, 2 juillet 2021, in pravda.ru ; « Il leur manquait huit secondes », Valery Burt, 30 juin 2016, in svpressa.ru ; Marc Heimer, « L’adieu des Russes à leurs héros », Marc Heimer, 10 juillet 1971, in Paris Match n°1157.

- Retour sur l’info de l’INA, La mort tragique des trois cosmonauts de Soyouz 11, 29 juin 2021, avec des images d’archives de 1971.

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Philippe Varnoteaux

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